Absence
de désir entre mari et femme
"Je suis une jeune mariée
qui découvre, déjà, les limites
de ce que peut être un couple heureux. 21
mois de mariage et c'est le grand flop. Je n'ai
rien compris à ce qui s'est passé.
Je ne comprends toujours pas la différence
d'attirance ou de tout autre chose qu'il y a entre
mon mari et moi maintenant et avant notre mariage.
J'aime la sensualité
mais je n'en suis pas dépendante.
Je n'aurai pas l'occasion de connaître
les limites de cette éventuelle dépendance
parce que mon mari me touche de moins en
moins, pour ne pas dire plus du tout. Physiquement
je n'ai pas changée, lui non plus.
J'ai l'impression que le quotidien a avalé
notre désir.
Autre point d'interrogation
auquel je ne sais pas répondre :
comment se fait-il qu'en tant que petite
amie j'avais le droit à des caresses
très chaudes dans les ascenseurs
et que depuis que je suis une épouse,
le fait est devenu impensable ? J'ai l'impression
que mon mari a décidé, arbitrairement,
de recouvrir notre sexualité d'une
respectabilité de bon ton. Cette
respectabilité me révolte
de plus en plus. Les relations intimes doivent
avoir la petite touche coquine qui attise
le désir.
Je n'ai pas le droit
à la moindre féminité.
J'ai acheté des sous-vêtements
aériens comme j'aime et comme il
aimait. Quand je me suis promenée
devant lui, j'ai ressenti son regard réprobateur...
Nous n'en sommes pas à la dispute.
Chacun évite le faux pas mais l'atmosphère
se détériore. Je ne sais pas
si nous pourrons éternellement éviter
les conflits conjugaux. Je remets en cause
l'envie de faire un enfant. Je me dis que
si notre couple ne tient pas, il n'est pas
utile qu'il y ait une victime de plus.
J'ai commencé
à me caresser très régulièrement
depuis quelques semaines. J'y retrouve un
certain plaisir physique et je sens que
j'en ai besoin. Je m'éloigne de mon
mari. Mon intimité se dérègle.
Se marier pour en venir à avoir une
sexualité d'ado qui vit son plaisir
grâce à la masturbation, quelle
régression !
Je lui ai écrit
une lettre parce que je craignais de dire
un mot de trop ou d'être mal perçue.
Le soir même, il me faisait l'amour
comme par le passé, le lendemain,
il fut moins empressé et le troisième
soir j'ai lu un chapitre d'un roman de Balzac.
Mon mariage m'a échappé
en l'espace de quelques mois. Bien sûr
il y a les conseillers conjugaux, les sexologues
et que sais-je encore... j'en reconnais
les biens fondés, mais j'ai la sensation
que deux années sans stress particulier
nous ont amené vers le vide..., vers
l'indifférence des vieux couples.
Alors faut-il se battre pour un lien aussi
peu durable ? J'en ai tous les doutes. Est-ce
que la sexualité ou l'absence de
sexualité est une preuve d'amour
ou de non-amour ?
Pauline"

Le désarroi de Pauline
est tel qu'elle remet en question tout ce qu'elle
a construit, ce qu'elle avait l'intention de construire
et s'interroge même sur le sens profond
de l'amour et de ce qui le célèbre
: la sexualité.
Le désir s'entretient
par la vue, Pauline !!!!!!!!!
Voici une boutade qui n'en
est pas une en réalité.
Que voyait votre mari avant
qu'il ne vous épouse ? Que voit votre mari
aujourd'hui ? Quand celui-ci voit votre nudité
de maintenant à quoi peut-il bien songer
de différent qu'il ne l'effleurait pas
auparavant ?
Vous affirmez, Pauline,
que ni vous ni lui avez changé physiquement.
Excluons alors le laisser-aller corporel
de l'un qui anéantit le désir
de l'autre. Excluons les effets d'une trop
grande hygiène corporelle qui parfume
les corps avec les senteurs artificielles
trop prononcées des produits de toilettes
toujours plus odorant. Excluons le manque
d'hygiène qui altère le plaisir
d'apprécier la délicate odeur
d'une peau. Faire référence
à la disparition lente du désir
du vieux couple ferait sortir la réflexion
de son contexte. Quant à philosopher
sur l'importance de la sexualité
dans une histoire d'amour, ce serait reprendre
toutes les pensées écrites
et les littératures romantiques pour
aboutir à une conclusion invariable
et peu savante qu'il est préférable
qu'un couple puisse vivre une sexualité
équilibrée pour pouvoir vivre
sereinement. Ce n'est pas tant la forme,
le rythme de cette sexualité, et
les positions érotiques qui sont
importantes, mais le fait que cette forme
et ce rythme conviennent aux deux partenaires
pour une entente sensuelle complice.
Une perte du désir "brutale"
peut aussi provenir d'un stress, de problèmes
matériels ou tout simplement de la présence
d'une tierce personne, d'un amant, d'une maîtresse...
Toutes ces hypothèses
ne vous concernent pas.
Que reste-t-il ?
Vous Pauline !!!!
Nous avons éliminé
ensemble : votre peau, votre silhouette, et les
éventuelles pressions externes et ceci
à la condition expresse que vous ne vous
soyez pas trompée dans l'analyse de votre
situation de couple. En effet, ce que vous pouvez
ignorer, parce que vous estimez que cela ne mérite
pas de l'attention, peut tout au contraire être
un poids aux yeux de votre mari. La sexualité
masculine et ses mystères ne correspond
pas aux méandres de la sexualité
féminine : donc méfiance à
propos des analyses.
Donc indiscutablement il faut
en revenir à vous. Plus précisément
à votre comportement d'avant, à
votre comportement d'aujourd'hui. Plus précisément
encore à la manière dont votre mari
percevait votre comportement avant votre mariage,
et la vision qu'il pourrait avoir de votre comportement
actuel.
Vous nous avez écrit
que vous étiez une jeune femme très
réservée et que les expériences
sensuelles précédant la rencontre
de l'homme qui allait devenir votre mari avaient
été vécues dans des conditions
très conventionnelles. Les quelques hommes
pour qui vous aviez eu un sentiment amoureux,
vous faisaient l'amour dans un lit. Les préliminaires
étaient classiques et ne dérangeaient
pas la pudeur de votre intimité. Vous aviez
une sexualité sage qui vous convenait.
Votre féminité osait s'exprimer
en été quand vous portiez un tee-shirt
sans soutien-gorge. Tout le reste de l'année,
votre mode à vous était le bon chic
bon genre sans la moindre excentricité.
Adam, votre futur époux,
a donc rencontré une jeune femme bien sous
tous rapports qui de par ses attitudes ne risquait
pas de défrayer la chronique.
Lui était effronté,
insolent, sûr de lui. Vous vous souvenez
de votre premier baiser, il avait fait preuve
d'une audace qui vous avait chagrinée.
Il vous avait littéralement plaquée
contre une porte cochère et ses lèvres
étaient venues sur les vôtres avec
un emballement qui vous avait totalement décontenancé.
Vous étiez attirée par lui, ceci
vous permit " d'accepter " ce geste
hâtif.
Deux jours plus tard, devant
la porte de votre appartement, il vous embrassait
copieusement devant la voisine de palier. Vous
aviez tenté de réfréner ses
pulsions. Mais son rire, sa joie de vivre et le
plaisir d'être autant désirée
vous ôta toute résistance. Vous y
aviez trouvé un plaisir nouveau. Vous laissez
aller à l'envie, quelque soit l'endroit
où cette envie naissait. Dans les semaines
qui suivirent, enfin dans votre chambre "conventionnelle",
vous avez fait l'amour avec une impudeur qui devait
bouleverser à jamais votre nature féminine.
Tous les gestes avaient été
inédits.
Vous vous sentiez découverte
et caressée intimement. Prise de
panique par un tel érotisme, vous
nous avez avoué que vous aviez prétexté
un voyage en province afin de réaliser
ce qu'il venait de vous faire. C'est l'expression
que vous avez utilisée. "Il
fallait que je prenne du recul à
cause de ce qu'il venait de me faire".
Vous étiez prise entre deux sensations
contradictoires. Une sensation d'acceptation
parce que le plaisir fut plus intense que
jamais ; une sensation de rejet parce
qu'il n'y avait mis aucune forme et que
cette prise de pouvoir sur vous s'est faite
sans votre assentiment profond. Du moins
une part infime de vous avait été
forcée de se soumettre. Votre absence
l'avait rendu plus pressant à votre
endroit. Vos retrouvailles furent fusionnelles
autant dire plus érotiques. Votre
literie est devenue un lieu trop exigu.
Vos nouveaux rapports intimes avaient besoin
de plus d'espace de liberté.
Et les lieux publics devinrent
vos aires de jeux...
Un mois après votre
rencontre, Adam vous offrait de la lingerie de
soie, vous qui étiez "coton très
couvrant" ce fut là encore une découverte
et le plaisir fin d'être habillée
par celui que vous aimiez de plus en plus. Outre
ses qualités personnelles, il y avait sa
façon masculine, sans complexe, de vous
faire devenir une femme. Les mois passèrent
et vous vous êtes affirmée, du moins
n'étiez-vous plus en reste côté
imagination. Vous avez goûté au plaisir
d'oser rivaliser avec ses audaces incessantes.
C'est alors qu'au creux de
cette passion charnelle, l'idée du mariage
est venue. Un couple aussi vivant ne pouvait affronter
la vie commune qu'avec la certitude de franchir
le cap du quotidien sans appréhension.
L'érotisme de votre relation amoureuse
fut l'un des vecteurs qui vous conduisirent vers
les sacrements du mariage.
Le jour du mariage fut magique
et la nuit de noce avec cette longue robe blanche
fut torride. Vous avez osé davantage. Vous
vous êtes sentie maîtresse de votre
conduite. Les caresses et les situations avaient
un but précis, son plaisir et le vôtre.
Cette nuit-là vous lui aviez fait l'amour
avec assurance. Vous acceptiez de jouir sans restriction.
En quelque sorte, l'élève
a dépassé le maître.
Adam a rencontré une
jeune femme attirante qui rougissait à
la moindre main sous la jupe...
... une "jeune fille"
qui découvrit l'orgasme grâce à
"sa technique". Il vous domine, vous
mène à sa convenance, vous heurte
volontairement pour enfin vous voir succomber
au plaisir dans les lieux publics. Il doit être
excité rien qu'à l'idée de
vous mettre dans l'embarras. Il doit, dans la
journée, réfléchir à
ce qu'il va bien pouvoir vous faire pour vous
faire rougir puis vous faire jouir.
Peu à peu, vous entrez
dans son jeu. Vous provoquez quelques situations,
vous n'avez pas encore sa hardiesse mais il vous
plaît désormais de ne plus être
une oie blanche.
Adam se sent défié,
il décuple d'imagination. Vous n'êtes
pas en reste et vous découvrez le plaisir
de faire l'amour à un homme. Votre nuit
de noce est restée dans votre mémoire.
Vous vous souvenez de son plaisir, vous vous souvenez
du plaisir que vous avez eu à lui donner
autant de plaisir.
Jusqu'ici vous étiez
au service de vos amants.
Maintenant vous prenez les
rênes, vous jouez du corps de l'autre.
Adam est subitement privé
de sa supériorité. Son style de
rapport, initiateur, n'est plus à l'ordre
du jour. Sa masculinité est mise en doute :
et s'il n'était pas assez inventif, et
s'il ne savait pas satisfaire une femme ? Dans
son esprit, il est probable que le fait que vous
cherchiez à surenchérir dans la
recherche du plaisir est une preuve que sa méthode
ne suffisait pas à vous satisfaire.
Involontairement, vous
avez réduit son affirmation de lui-même.
Sa "supériorité"
est mise en doute. Un homme a une conception
très génitale de sa sexualité.
Sa force, son arme, c'est son pénis.
Si cette arme devient un instrument de jeu
et de joie, elle devient un objet dépourvu
de puissance.
Vous avez équilibré
le rapport de force entre vous et votre mari sans
que votre mari ait été en mesure
d'assimiler le bien fondé de cet équilibre...
Il n'a pas eu le recul suffisant pour comprendre
ce que vous lui avez fait... Voyez, vous pouvez
retourner ce sentiment de dérangement intérieur
que vous aviez ressenti quand Adam vous faisait
l'amour sans pudeur. Vous, vous avez choqué
sa masculinité comme il avait choqué
votre féminité.
Il va falloir que vous lui
expliquiez que votre corps ne peut rien sans son
corps. N'abordez pas votre communication dans
la tonalité grave des problèmes
sexuels.
Avouez-lui que vous avez recours
à l'onanisme. Faites-en un jeu entre vous,
mais dites-lui bien que vous êtes devenue
une femme libre qui n'aspire qu'à être
plus libre avec lui et uniquement lui. Certains
hommes n'aiment guère être marié
à une femme trop émancipée.
Une jalousie féroce les conduit à
ruiner toute féminité trop évidente
aux yeux des autres hommes. Partant du principe
qu'une femme peut succomber à la tentation
illégitime, ils préfèrent
dénaturer l'expression féminine
de leur épouse en brimant celle-ci par
toutes sortes d'interdictions.
Dites à Adam que le
parcours intime que vous avez fait, c'est grâce
à sa façon de vous faire l'amour.
Préciser que par amour
pour lui, vous voulez connaître des plaisirs
toujours plus beaux... Faites comprendre à
Adam que son rôle est essentiel et qu'il
n'est nullement un objet mais le complice de votre
épanouissement. Vous êtes heureuse
au travers de ses rituels amoureux.
Le fait que vous ayez utilisé
le moyen de la lettre pour communiquer prouve
que vous sentez la difficulté de se comprendre
quand un sujet est crucial. La sexualité
et sa remise en cause est affaire de susceptibilité.
L'écriture est un moyen d'expression parmi
d'autres qui doit tenir compte de quelques astuces
judicieuses :
Pas de "tu" accusateur
dans votre écrit ou propos ou de "nous"
galvaudé. Tenez vous-en à décrire
ce que vous ressentez vous, votre grand espoir
de connaître le plaisir dans l'amour et
l'incompréhension du moment. Un "tu"
est une accusation un reproche de ce qui est fait
ou pas fait. Un "nous" mal cerné
met en commun d'emblée une aspiration qui
était peut-être seulement individuelle.
Si quelques arguments de votre mari étaient
peu crédibles, entendez-les quand même.
Décodez-les. N'accusez jamais votre mari
de passivité. Un homme accusé de
passivité se blesse et se bloque davantage.
Une réconciliation immédiate
dans votre lit ? Vous savez dorénavant
que c'est illusoire.
Tout un style de vie est à
recomposer pas à pas.
A vous de lui dire que son
apport dans le couple est une promesse de grande
fête sensuelle. A vous aussi, de lui laisser
le champ libre, redevenez un peu soumise pour
mieux le surprendre ultérieurement. Puisque
vous ne pourrez vous empêcher de lui faire
l'amour comme un homme parce que vous aimez cela,
puisqu'il aime vous prendre et vous dominer dans
les ébats ; trouvez tous deux la voie du
respect de la nature de l'autre. Voilà
une preuve d'amour concrète. Un jour, lui
en amant dominateur ; un autre jour, vous en amante
déterminée. Vous pourriez trouver
une émulation à rivaliser à
nouveau, jusqu'au jour où vous trouverez,
ensemble, le besoin impérieux de trouver
votre complicité intime. Une complicité
harmonieuse, équilibrée dans l'unicité.
Vous vous cherchez tous deux.
Tous deux aviez cru que l'entente
sexuelle serait la force de votre couple. Ce n'est
pas faux que de le croire, mais pour l'instant,
l'un a aimé faire l'amour à l'autre
et ceci alternativement, mais vous n'avez pas
trouvé la caresse commune qui vous permettrait
de vous faire l'amour ensemble.
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