Recette
du maquereau au vin blanc pour femme
Le texte qui suit est en réaction
à notre page :
C'est Monsieur Marc qui fait
la cuisine :
"Prenez un maquereau,
sans vous soucier de la taille des joues
qu'il a dans le bas du dos, ni de la finesse
de ses mains. La fermeté de la chair
associée à la douceur du toucher
sont les mêmes, que la bête
soit du nord avec un suave accent slave,
ou du sud avec juste ce qu'il faut d'ambre
pour nous faire croire que nous avons chaud.
Des maquereaux, vous
en trouvez partout : en bancs serrés
sur la plage, en bancs pressés dans
le métro, en bancs lassés
derrière des caddies, et parfois
même seuls et isolés, se donnant
l'illusion d'être ce qu'ils ne sont
pas : des athlètes taillés
pour la vitesse et la prédation.
La technique est d'une
simplicité risible : vous le regardez
droit dans les yeux, sourire accrocheur
à vos lèvres empourprées,
et vous ne lui dîtes surtout rien.
Vous le laissez approcher. Selon qu'il est
du nord ou du sud, le jeu sera plus ou moins
long, mais n'en doutez pas, il se jettera
sur l'hameçon, car le maquereau a
une attirance irréfragable pour tout
ce qui est beau et qu'il ne peut pas avoir.
Une fois ferré,
vous le préparez à le mettre
dans votre lit, en vous gardant bien de
lui montrer qu'il a oublié son cerveau
dans son océan de platitude. Cuit
par votre habileté sans faille à
lui faire croire, par vos oeillades faussement
abasourdies et par vos petits rires faussement
soumis, qu'il est LE "mâle dominant",
vous l'entraînez sans peine dans n'importe
quel endroit à votre convenance pour
lui soutirer le meilleur de lui-même,
c'est-à-dire quelques gouttes...
de sueur.
Une fois que vous l'avez
vidé, vous le jetez en lui signifiant
que de tous les maquereaux que la terre
ait jamais porté, il est sans aucun
doute celui dont la robe étincelante
est la plus trompeuse, attestant de son
inexistence pure et simple, une fois placé
hors de son jean CK ou de son trench burberry.
Puis vous le laissez
mijoter dans sa rancoeur légèrement
acide.
Certaines bonnes cuisinières
vont jusqu'à fustiger le poisson
devant un grand verre de vin blanc dont
elles l'arrosent copieusement pour corser
leur dégoût.
Pourquoi vous proposer
une telle recette ? parce que, malgré
près de 30 ans de recherche, je ne
sais toujours pas qui, de l'homme ou de
la femme, a fait l'éducation de l'autre,
et en lisant la "recette de la brandade
de morue pour homme", il m'est immédiatement
venu à l'esprit cette transposition
toute aussi vraie.
Qui a fait l'autre ?
Est-ce l'homme moyen, dans sa médiocrité,
qui a entraîné la femme dans
cet abîme de sotte naïveté
et de d'insatisfaction satisfaisante ? Ou
bien est-ce la femme, sans cesse en quête
d'absolu et de perfection, qui a tenté
d'entraîner l'homme médiocre
bien au-delà de sa condition, voulant
faire croire aux vilains mécréants
qu'ils étaient des princes charmants
?
J'avoue humblement et
avec remords, que j'ai cessé de vouloir
répondre à cette question
le jour où je me suis aperçu
qu'il existait des femmes et des hommes
intelligents (et parfois beaux en même
temps, si, si), et qu'il suffisait de se
garder des sots pour trouver la vie fort
belle.
Un admirateur passionné.
Marc

Vous semblez connaître
le frétillement de base en effet
! Pour un homme, ce n'est pas commun...
Quant à votre
question lancinante, les hommes et les femmes
ne se sont-ils pas éduqués
mutuellement, tantôt couards, tantôt
émouvants. La qualité de l'un
faisant l'espoir de l'autre; le défaut
de celui-ci, faisant le désespoir
de celui-là.
Même si nous fustigeons
les hommes pour leurs manières poissonnières,
nous ne pouvons faire semblant d'ignorer
que les femmes que nous sommes, avons quelques
difficultés à ne pas nager
dans les eaux troubles de nos défauts
qui ne sont guère plus enviables
que ceux des hommes.
Ceci étant dit,
nous adorons les maquereaux bien raides,
c'est signe de fraîcheur. La peau
tendue, la chair bien ferme et un petit
verre de vin blanc sec pour pousser le tout...
Ça donne faim !
Nous vous remercions
de votre apport à notre livre de
recettes amoureuses.
Cordialement,
Les femmes F-M-R*. |